Bienvenue

 

Parce que la jeunesse incarne l'insoumission et l'insolence, parce que ce monde n'exhibe que peine, rage et violence.

Parce que nous sommes "novices et puérils" parce qu'ils sont froids, experts et vils.

Parce que nous espérons l'avenir sans haine, parce que sans amour ils l'apprennent, parce que nous sommes de la mauvaise graine.

 

Affaire Théo/Bobigny: Guerre civile en approche?

Théo, 22 ans, résidant Bobigny fait depuis 2 semaines la une de tous les journaux (lorsqu'il n'est pas question de François Fillon). Victime d'un viol, d'une agression ou d'un "accident" mais bel et bien d'une pénétration anale à coups de matraque, le jeune homme a, bien malgré lui, déclenché de vives réactions de part et d'autres. Un thème controversé, sujet aux polémiques que j'ai longuement hésité à traiter. Trois parties distinctes afin de nous interroger, de dresser certains bilans et de mieux comprendre la bombe à retardement qui menace d'exploser à tout moment.

 

De l'eau dans le gaz

 

Le problème n'est pas nouveau, la question des banlieues revient systématiquement sur la table au moment des élections. En campagne, les candidats font des promesses, en activité, les présidents élus brassent du vent. Une légère brise qui n'a jamais changé les choses, l'égalité des chances n'a jamais existé, les investissements massifs n'ont jamais eu lieu. Un bilan maussade qu'il est nécessaire de masquer car, vous comprenez, les rats ça sent fort et ça fait du bruit. Provocation facile, mon brave Chirac, j'en conviens et n'en suis peu fier. Les sonnettes d'alarme sont toujours tirées au préalable des élections, une fois celles-ci terminées la situation des quartiers se calme et devient tout de suite moins dramatique. Magique n'est ce pas? 

 

Un enfumage politique découvert lorsque je me suis posé cette question devenue rhétorique, la criminalité est-elle plus forte dans les "ghettos"? Faites le test par vous-même, la réponse n'est pas si évidente à trouver et n'apparaît pas de façon claire et chiffrée. Trop souvent l'anguille ne se trouve pas sous le bon rocher. Le gouvernement ne cherche pas à stigmatiser les quartiers difficiles, il se démène à masquer les actes malveillants qui s'y déroulent tous les jours. L'exemple que je vais vous présenter est révélateur de cette dissimulation organisée. 

 

Ne comptez pas sur le bilan statistique "Interstats" du ministère de l'intérieur pour vous éclairer, celui-ci est pratiquement vide d'enseignement. Paradoxale lorsque l'on trouve quelques pages plus loin notre "semi-bonheur" avec un rapport de l'Observatoire Nationale de la Politique de la Ville (ONPV) qui utilise les chiffres ... de la SSMSI rattachée au ministère de l'Intérieur. En effet le Service Statistique Ministériel de la Sécurité Intérieure connaît et divulgue les chiffres, mais refuse de constater l'évidence dans son rapport: les quartiers difficiles  connaissent bel et bien une criminalité accrue face au reste de la France. 

Voilà ce à quoi je faisais référence dans la notion de "semi-bonheur", ce rapport partage deux graphiques révélateurs mais omet le plus important à mon sens: le comparatif entre l'ensemble des communes et les communes avec un Quartier Prioritaire ET une Zone de Sécurité Prioritaire. En clair, le graphique qui nous permettrait de savoir si la criminalité dans les quartiers difficiles est considérablement plus importante. J'espère que vous n'avez pas décroché car c'est un point-clé de notre sujet, la délinquance des banlieues n'est plus stigmatisée mais bel et bien oubliée. Comme pour les chevaux, les oeillères de l'Etat lui permettent de ne pas voir le danger. Cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas.

 

Fini les chiffres, revenons sur l'aspect historique d'un malaise qui n'a cessé de croître depuis de nombreuses décennies maintenant. Difficile de mesurer cette décadence et d'en déterminer les bases fondatrices. Malgré tout, certaines langues ont commencé à se délier par le biais d'oeuvres artistiques. A partir du début des années 90, deux groupes de raps contestataires voient le jour : IAM et NTM. Les morceaux " petit frère" , "demain c'est loin" ou " laisse pas trainer ton fils" mettent ainsi en lumière la rue, ses dangers et ses méfaits. Akhénaton et Kool Shen, devenus portes paroles d'un mal-être que l'on retrouvera à l'occasion de la bande originale du film "la marche" 15 ans plus tard. Un long-métrage qui retrace l'épopée d'une poignée d'adolescents qui ont décidé de marcher pacifiquement pour faire valoir leurs droits. 

C'est assez dingue, brûler des voitures ne serait donc pas la seule façon de manifester?

 

La Haine

 

"C'est à moi que tu parles? C'est à moi que tu parles enculé?"

 

Nul besoin de délicatesse ni de poésie pour dresser le sombre portrait d'un rejet consensuel, jeunes de cités contre police nationale. Un film sorti en 1997 devenu culte au message coup de poing et à l'épilogue coup de canon. Entre affrontements, rêves déchus et insurrections incontrôlées, Matthieu Kassovitz met à son tour le doigt sur ce qui lui semble être la cause de tout: la Haine. Mais une Haine aussi absurde que le racisme dont il en est la cause, une Haine fondée sur l'ignorance et l'incompréhension, sur des préjugés corrompus, sur des abysses, sur du néant, sur du rien. On ne se connaît pas et on ne cherche pas à se connaître. La réaction entraîne la vengeance et c'est ainsi de suite le cercle vicieux d'un pays, d'un monde qui ne sait plus tourner rond, d'un peuple qui ne sait plus marcher dans le même sens. Jusqu'à quand?

 

Nous sommes en 2017 et le même schéma semble se reproduire inlassablement et de manière irrémédiable. Rien n'a été fait depuis 20 ans, cette Haine continue de subsister et ce, sans que l'on semble prendre au sérieux les signaux que nous envoient les deux camps simultanément. Prenez ce texte comme une sonnette d'alarme, un bruissement de l'âme qu'il faut parfois extirper en dépit de la raison. Celle qui nous pousse à envisager les choses de façon plus lucides, plus tragiques. Simple ersatz de la réalité, les beaux discours prônant le vivre ensemble ne nous sauverons pas. Nous verrons que le danger qui nous guette n'est plus de l'ordre de l'imaginaire, nos oracles les plus avertis l'ont prédit: la guerre civile n'est plus aussi loin que nous le pensons.

 

"C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de cinquante étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute il se répète sans cesse pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien.

 

Mais l'important n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

 

La Haine, 1995

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